L'automne
 
Ce matin, Madeleine est bien lorsque qu’elle quitte son voilier sur la rivière en contrebas du village. Sur le pont près du quai où était accostée sa chaloupe, elle a attendu le lever du soleil juste en amont de la rivière frémissante. Un lever de soleil sur la plaine alluvionnaire déjà brune de sa belle terre retournée sur laquelle dansait une petite brume rose ; le spectacle émut Madeleine. Cette terre retournée de la plaine est l’avenir pour les semences de demain. Le contraste était saisissant avec les coteaux de vignes en feuilles, porteuses de promesses d’une vendange à venir d’ici quelques jours. De belles grappes allaient bientôt remplir les paniers des vendangeurs. Ces fruits sont la récompense du soleil, de la lune et du travail de la terre par les soins donnés par des hommes et des femmes…/…Après une bonne soupe à midi partagée à la table familiale, elle est allée vers les vignes pour goûter des grains de raisin ! Les grains, un peu serrés de la grappe, étaient légèrement tachetés par le chaud soleil du mois de septembre. Elle est fière du raisin de sa vigne! Elle tâte, croque et écrase contre son palais la peau un peu dure qui cède. Quelques gouttes coulent des commissures de ses lèvres, elle passe sa langue puis sa main pour s’essuyer. Le jus est encore un peu acide, mais déjà agréable et la sensation de la peau discrète mais un peu épaisse dans sa bouche, lui fait du bien…Elle décide de laisser mûrir quelques jours encore ; les grappes vont tenir leurs promesses…/.. 
Il ne fait plus aussi chaud et elle avait sous-estimé le vent, ce vent qui venait d’un coup la happer et heurter, alors elle tente un refuge. Trop contente d’en trouver un dans une cadole, elle a accepté malgré la contiguïté des lieux, de le partager avec un vieux vigneron qui cassait la croûte. Les cadoles sont des petits abris de pierres dans lesquels les vignerons s’abritent en cas de fortes pluies ou de vents violents, ils y rangent aussi de menus outils pour biner la terre comme cela se fait de nouveau désormais. 
La vendange a été belle et bonne, les mouts sucrés et acides comme on les aime en Champagne. Les cuves sont remplies et le vin travaille, bouillonne, fermente, sent. Une vie de vigneron, un nouvel avenir, un millésime peut être, nous le sauront au printemps. 
 
 
L'hiver
 
Bientôt commence la taille, les sarments ne peuvent vivre et porter des fruits qu’à condition d’être unis au cep pour recevoir la sève provenant des racines. La sève circule dans la vigne, jusqu’au mois d’Août puis commence ce que l’on appelle l’aoûtement, les brins verts deviennent bruns et le raisin attend le vigneron. Quand l’homme ne prend pas soin correctement de son corps et de son esprit, la vitalité s’amenuise et la qualité de vie décroit, l’homme perd ses perspectives et ses repères. Il se trouve alors privé de sécurité et la panique s’empare de lui, stressant son organisme. 
La vigne est tel un corps, c’est le vigneron qui en prend soin. Les sarments stériles sont ôtés et ceux qui portent les fruits sont rabattus…cela ressemble à un arrachement. L’arrachement, même s’il crée une plaie, le vigneron sait qu’il peut le soigner, et c’est ainsi qu’en coupant un sarment, la vigne rajeunira. Cette taille purifie. 
La taille a pour but de nous ramener à un lieu, à une concentration, à un essentiel. Madeleine ramassera et séchera les faguettes de sarments et en fera pour Noël un joyeux feu dans la cheminée. 
Extraits inédits de 9855 jours® Patricia HUCKEL Millet