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«  Partez et rapportez moi le plus bel  habillage pour l’une de mes bouteilles »

Afin qu’il y ait aucune dispute, le patriarche conduisit ses fils devant le domaine,  puis souffla trois plumes en l’air en disant :
«  Là où elles voleront, telle sera votre direction, allez ! »
L’une des plumes s’envola vers l’ouest, l’autre vers l’est. Quant à la troisième, elle voltigea tout droit à faible distance, puis retomba bientôt au sol tout près de la rivière qui coule en contrebas du domaine familial.
 
Alors l’un des frères partit à gauche vers l’est, tournant le dos au village, l’autre à droite en longeant le chemin de halage et le troisième resta près de la troisième plume. Il se demanda pourquoi le vent l’avait destiné à rester si près de l’affaire familiale.
Il s’allongea en cette fin d’hiver d’une douceur précoce dans l’herbe d’un vert puissant . Le soleil éclaboussait son visage déjà buriné par des journées passées aux vignes à tailler les pieds afin qu’ils reprennent vigueur. C’est cette nouvelle force qui leur fera porter la vendange à l’automne prochain.
L’homme couché sur le dos, rabaissa son chapeau sur ses yeux. Il s’endormit promptement. Alors que le long de la rivière, passaient péniches  et canots de plaisanciers, arrivait dans un souffle de vent  tiède tourbillonnant, une petite embarcation portant deux voiles.
 
C’est le Revolin, ce vent, qui réfléchi par un obstacle, revient sur lui-même. Ce sont les deux voiles, qui trop proches l’une de l’autre, ont produit le Revolin. La voile du devant déventa  la seconde voile. L’embarcation avait tourné sur elle-même. Elle rebondi et emporta sur son passage les ramilles.
 Ce sont celles des longues branches retombantes  sur l’onde  d’un  saule planté trop près du lit de la rivière.  
Puis l’embarcation s’arrêta net. En descendait une demoiselle, qui portait  un  long fourreau  de soie qui bougeait avec le vent.  On aurait dit qu’elle s’était  enveloppée d’un morceau de la grand-voile qui flottait fièrement  au grand mat.
 
L’homme allongé sur la rive se réveilla soudainement.  Il fut surpris de tant de bruissements.
Lorsqu’il s’assit, il vit  cette femme qui portait sur l’épaule gauche, une étole dans un dégradé de couleur parme.  La belle inconnue bougeait avec une telle grâce qu’on aurait dit que le vent s’était engouffré sous son fourreau. Le Revolin a plus d’un tour dans son sac !
Lorsqu’elle  se rapprocha de l’homme asssi dans l’herbe,  celui-ci  crut voir l’eau  de la rivière se miroiter dans les yeux gris vert de la miss.
Comme si de rien n’était, la dame  se baissa avec élégance  et cueillit quelques pâquerettes qu’elle plaça derrières l’oreille droite.
 
 
photo plume de paon
En se relevant elle ouvrit  son ombrelle faite de plumes de paon, qu’elle porta avec délicatesse au-dessus de sa tête. Il était quinze heures, ce dimanche-là.
Ce fut comme un mirage. L’homme se frotta les yeux comme pour être sûr de bien être réveillé. 
Il remit ses lunettes et resta un long moment songeur.
 
Maintenant il était à genoux sur l’herbe le dos tourné regardant fixement la rivière. Il y a avait à côté de lui une plume de paon et un petit bouquet de pâquerettes. Il savait qu’il était en train de rêver, mais il savait aussi que c’était réel.
Il se leva lentement. La belle inconnue avait disparu et nulle  trace du voilier, il y avait juste là devant lui une  embarcation semblable à une coquille, en bois  verni et merveilleusement patinée ; c’était le voilier de Bernard et de Josy qui abordait de temps à autres à Cumières.
C’est dans cet espace-temps que l’homme , à qui le patriarche avait demandé « d’aller »,  se souvint de la promesse faite à sa femme : être créatif. C’est ainsi que sont nées Pluie d’Etoiles, Etincelles et Miss Pat*Rosé que vous pourrez découvrir à la Saint Valentin chez nos dépositaires en Alsace.
 
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